Qui-suis je ?

Franck Radina

J’ai 48 ans et joue aux échecs en compétition depuis plus de 25 ans. Je les enseigne depuis une quinzaine d’années. J’ai lu beaucoup d’ouvrages échiquéens, m’intéresse à l’histoire des échecs, à ses champions et à tout ce qui concerne la culture autour de ce jeu.

Je me suis posé beaucoup de questions sur le jeu lui-même, mais aussi sur les méthodes d’apprentissage et d’entraînement. Je souhaite partager mon expérience et donner l’envie de jouer. Tout le monde peut apprendre à jouer aux échecs, puis, y trouver plaisir quelque soit son âge ou son niveau. D’autre part, la pratique des échecs permet de développer de nombreuses qualités telles que la concentration, la logique, la mémoire, la patience, le courage, la capacité à analyser et résoudre les problèmes, etc.

Formations et diplômes échiquéens

En 2005, j’ai obtenu le diplôme d’animateur de la Fédération Française des Echecs.

En 2017, j’ai passé les différentes épreuves pour obtenir celui d’arbitre fédéral club.

En 2018, j’ai suivi une formation pour le diplôme d’entraîneur. Je n’ai pas rendu le dossier final. Malgré tout, j’ai appris énormément de choses en suivant cette formation, notamment lors du stage pratique effectué au club de Montreuil avec un très bon entraîneur comme tuteur. Selon moi, « animer » : c’est donner l’envie de jouer et « entraîner » : c’est aider quelqu’un à atteindre le plus haut niveau possible. Les deux peuvent se rejoindre bien sûr mais je préfère finalement me concentrer sur l’animation.

Les échecs comme sport

J’ai participé à de très nombreuses compétitions en individuel et par équipe, dans plusieurs villes de France et quelques rares fois à l’étranger. Mon meilleur classement elo : 1915 (ce qui correspond à un niveau de bon joueur de club).

J’ai connu mes plus grandes satisfactions dans les compétitions par équipe : en tant que capitaine d’équipe beauvaisienne en Nationale 3 et en Coupe 2000 où nous avions obtenu une seconde place à Dijon, alors que « sur le papier », nous étions classés 15ème équipe sur les 16 de la phase finale (238 équipes au début de la compétition).

J’aime lorsque le sport nous montre que la volonté et la cohésion d’un collectif permet de réaliser quelque chose que l’on croyait impossible. Je suis persuadé qu’on peut devenir meilleur lorsqu’on se « bat » pour les autres. A titre d’exemple, je ne me lasse pas de cet exploit en athlétisme :

Vraiment croire en vos partenaires, leur faire confiance, leur transmettre votre conviction sont des choses importantes en équipe. Qu’importe le niveau, qu’importe le résultat, ils peuvent se produire ces moments « magiques » dans le sport et on les partage d’autant plus à plusieurs. On a donné le meilleur de soi pour les autres et l’on sait qu’ils ont fait de même. Cela nous ramène à quelque chose de l’enfance, peut-être parce qu’à cette période, nous ne nous sommes pas encore imposés de frontières au possible. Alors, quand adulte ces moments surviennent, on a presque du mal à y croire sur le coup, voire même, après coup. « Je ne réalise pas. », disent souvent les sportifs.

Au début de la vidéo, un commentateur précise : « Aujourd’hui, elles vont se battre plus que la normale, car c’est la dernière course de Murielle. ». Avant le départ, rien que l’attitude et le regard de Marie la première relayeuse française en dit long…

« Elle se bat comme une lionne. », va dire le commentateur. « Murielle, elle a faim ! », dit-il lors de son parcours. Le vocabulaire animal (voire guerrier) est souvent employé dans le sport et, à y réfléchir, il est aussi utilisé dans les échecs. Malgré ce qu’on pourrait croire a priori, les joueurs et joueuses d’échecs ont souvent recours à l’intuition ou à l’instinct.

Agnès, la troisième relayeuse qui semble faire le moins bon parcours effectue en réalité le meilleur passage de témoin pour lancer Floria. A la fin de son 400m incroyable, Floria ne lève pas les bras en signe de victoire. De suite, elle cherche ses partenaires : « On a gagné ? C’est vrai ? ». Pourtant d’une extrême lucidité durant la course, une fois l’arrivée passée, elle semble complètement ailleurs, comme déconnectée.

Aux échecs (à une autre échelle bien sûr), j’ai vécu deux fois avec mes partenaires d’équipe ce genre de moment où la réalité décide, ce jour-là, que tout sera parfait pour tous. Elle vous offre alors le plus beau des cadeaux qu’elle puisse vous faire : un rêve.

Certains ont malheureusement bien compris que le sport pouvait être « une machine à rêves » et ainsi susciter des désirs chez des « consommateurs ». Ils s’en servent pour réaliser de plus en plus de profits abîmant le partage qui en fait la beauté. La publicité prône « les valeurs du sport » et les médias encensent « ses héros » et leurs « records ». Cela peut conduire à des excès. Les médecins conseillaient la pratique du sport, ils parlent plutôt « d’activité physique » désormais. A haut niveau où l’on cherchera à toujours repousser plus loin les limites, ou sur une pratique trop intense, le sport peut se révéler néfaste voire dangereux pour la santé. Tout comme il existe la médecine du travail, il existe la médecine du sport…

Une étude montrerait que la pratique du jeu d’échecs comme d’autres activités stimulantes permettrait de diminuer de 35% le risque de développer une maladie d’Alzheimer. Regarder la télé, par contre, serait un facteur de risque de développer cette terrible maladie.

J’aimerais bien que les échecs deviennent un sport plus médiatisé. D’un autre côté, ils ont déjà une image souvent très positive auprès du public. Ils sont un jeu millénaire et l’on y jouait bien avant d’avoir inventer le sport moderne. Malgré l’importance qu’y prend l’informatique, ils conservent pour moi une part de mystère et de magie.

Les filles du relais 4x400m français oublieront probablement le chrono réalisé à Zurich. Quelle importance ? Par contre, chacune d’elle n’oubliera jamais les trois autres qui ont couru jusqu’au bout ce jour-là. Un beau souvenir n’a pas besoin de médaille, il n’a pas de prix.

Les athlètes de haut niveau font d’énormes sacrifices et consacrent beaucoup de temps et d’énergie à leur discipline. Je conçois très bien qu’ils puissent en vivre. Malgré tout, lorsqu’on est payé, lorsqu’il peut y avoir tant d’argent, tant d’intérêts : le sport reste-t-il un simple jeu ? Pour la grande majorité de ses pratiquants : oui. Dans le sport professionnel, les exemples de dérives ne manquent pas pour faire pencher vers le non : dopage, triche, corruption, violence… Comme cela peut aussi se produire dans le sport amateur, j’aurai tendance à penser que c’est davantage une question de société, une question politique au sens large. Car, finalement, de telles dérives ne sont pas spécifiques au sport et il y en a certainement moins dans le sport que dans les autres domaines. Pour l’anecdote, même aux échecs, le contrôle anti-dopage a été institué !

A l’époque où j’ai débuté aux échecs, ils n’étaient pas reconnus comme un sport en France mais ils me faisaient déjà rêver. J’adorais lire et relire les livres qui m’ont donné l’envie de m’y intéresser, d’y jouer, de franchir la porte d’un club. J’ai rencontré beaucoup de personnes aussi diverses que passionnées dans le monde des échecs. La devise de la Fédération Internationale des Echecs est : GENS UNA SUMUS. Nous sommes une seule famille. Elle a quelque chose de vrai. Par exemple, deux personnes jouant aux échecs qui se rencontrent n’ont pas besoin de parler la même langue, d’être du même niveau social, du même sexe, du même âge, ni quoique soit d’autre. Si elles ont en commun l’amour de ce jeu, elles vont se comprendre à travers lui.

Je continue à jouer en compétition à un niveau amateur pour le club Songeons. J’ essaye de jouer de mon mieux, de faire de belles parties. Comme le soulignait un ami : « L’adversaire est d’abord un partenaire de jeu et c’est grâce à lui que vous pouvez vous améliorer. ». La tradition aux échecs est de se serrer la main avant chaque début de partie, comme à la fin.

Mes actions comme bénévole

Des bénévoles investissent beaucoup de temps et d’énergie pour promouvoir les échecs, gérer des clubs, des comités, organiser des compétitions, etc. Ils oeuvrent pour les autres et, sans eux, rien ne serait possible.

Je tente de vivre de mon métier d’animateur mais m’efforce de mener aussi des actions comme bénévole. Ayant obtenu une licence professionnelle en informatique, je m’occupe de plusieurs sites web au niveau technique et y rédige régulièrement des articles :

Celui du comité de l’Oise dont je suis membre : oise-echecs.fr

Celui du club de Songeons où je suis licencié : songeons-echecs.fr

Celui du club de Beauvais où j’ai joué pendant plus de 20 ans : echiquier-beauvaisien.fr

En 2019, j’ai été à l’origine de la revue des échéphiles isariens. Le numéro 1 a reçu de bons retours et nous l’avons présenté à Chartres, pendant le championnat de France, aux trophées de la Fédération Française des Echecs.

Chaque année, je participe aussi à plusieurs manifestations pour promouvoir les échecs auprès du public : fête du sport, fête des associations, village estival, etc.

Animateur d’échecs comme métier

ANIMA, en latin, c’est le souffle, l’âme. On soufflait dans les narines des nouveaux-nés pour lancer leur respiration chez les romains : c’était l’anima. Cela a donné « dessins animés » et « animateur ». Ce que je vise comme animateur : c’est d’insuffler l’envie de jouer aux échecs (pas par les narines bien sûr).

Je suis intervenu et j’interviens dans des clubs, écoles, collèges, centres de loisirs, centres pénitentiaires, MJC, etc.

Cette activité me permet de rencontrer beaucoup de personnes différentes. J’aime expliquer, transmettre, améliorer ma pédagogie, voir les autres s’intéresser et comprendre. Assez souvent, des enfants ou des adultes me font encore des remarques intéressantes sur des choses auxquelles je n’avais pas réfléchis. Il est certain qu’en apprenant aux autres, on apprend aussi énormément. Plusieurs enfants ou adultes m’ont parfois vraiment impressionné par leur vivacité d’esprit ou leur singularité. Le jeu, en général, est un merveilleux outil pour mieux se connaître.

Pendant une quinzaine d’années, j’ai exercé cette activité en parallèle d’autres professions. En 2017, j’ai décidé d’en faire mon métier à temps plein et ai créé une micro-entreprise. En 2 ans, j’ai réussi à augmenter le nombre de mes interventions hebdomadaires et peux aujourd’hui raisonnablement en vivre.

Toutes les personnes sont différentes et ce qui est valable pour quelqu’un ne le sera pas forcément pour un autre. Quelques fois, il m’est arrivé de manquer de psychologie avec tel enfant turbulent ou tel adulte que je ne comprenais pas. Avec l’expérience, j’arrive à mieux passer ces difficultés. Quasiment tous, moi le premier, sommes sensibles aux encouragements et c’est une arme terriblement efficace ! Multiplier les encouragements à chaque petit pas effectué augmente la confiance et permet d’atteindre des résultats parfois surprenants au final. Au delà de l’aspect technique, encourager, répéter et répéter encore sont les choses que je fais le plus lorsque j’anime des séances d’échecs. Voir l’autre s’améliorer est alors ma récompense.

Un professeur d’université disait qu’il ne préparait pas son cours mais « se préparait à faire cours ». Je comprends cette déclaration et la trouve juste. Néanmoins, cela réclame un haut niveau d’expertise et une grande expérience. Cela réclame, en fait, d’en avoir certainement préparer beaucoup par le passé pour pouvoir s’en passer. Il y a donc des cours que je continue de préparer surtout lors de mes interventions en club pour les joueuses et joueurs de compétition auxquels je fournis des supports écrits : résumé des notions, exercices, diagrammes…

Que l’on soit enfant ou adulte, on a besoin d’expérimenter soi-même. Vous pouvez dire à une personne que ce qu’elle fait est une erreur, si elle ne l’a pas testée dans la pratique, elle aura souvent du mal à saisir le pourquoi. Aux échecs, il est important de faire des erreurs pour comprendre et progresser. Dans la vie faire certaines erreurs peut se révéler dramatique, aux échecs heureusement, tout ce que l’on risque est de perdre une partie. ERRARE HUMANUM EST, dit la locution latine. Oui, l’erreur est profondément humaine. PERSEVARE DIABOLICUM, dit la suite. Persévérer dans l’erreur, c’est bien moins humain… Se corriger demande beaucoup d’efforts en général car c’est un peu se changer soi-même, changer sa vision des choses. Essayer de garder l’esprit ouvert est l’une des vertus que peut favoriser ce jeu.