Interview PerfElo

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Laurent Gattegno du site PerfElo a aimablement répondu à quelques unes de mes questions. Je vous recommande vivement la lecture de son blog que vous soyez joueur, parent, animateur, entraîneur ou dirigeant…

Premièrement, ses articles sont bien écrits et agréables à lire.

Deuxièment le contenu respire l’expérience et la réflexion. Il serait étonnant que vous n’y trouviez pas un conseil qui vous soit utile. Personnellement, j’adhère à beaucoup de ses propos et trouve sa démarche pertinente.

Je ne fais pas de publicité ni n’en ferai sur mon blog mais quand la qualité est là, comment ne pas être un minimum élogieux ?


FR : Je trouve les articles de ton blog PerfElo très intéressants. A mon avis, les conseils donnés, les réponses apportées peuvent être utiles à beaucoup : joueurs, parents, animateurs, entraîneurs… Peux-tu te présenter brièvement ?

LG : Je suis Laurent Gattegno, animateur au club de Bayonne Adour. Je donne des cours d’échecs et je suis très axé sur le côté compétition et combat psychologique. Par ailleurs quand j’ai commencé à donner des cours, je me suis aperçu qu’un certain nombre de jeunes qui étaient doués et avaient tout pour réussir stagnaient pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec la technique échiquéenne. Pourtant, ils prenaient des cours ! Alors je me suis aperçu que je pouvais avoir un véritable impact en leur apprenant juste à gagner.

FR : Ton blog est orienté sur la préparation mentale. As-tu étudié la psychologie ? Pourquoi ce sujet te passionne-t-il ?

LG : Dans ma vie, quelque soit le domaine, je n’ai jamais rien étudié dans le sens académique du terme, Par exemple, j’ai passé le bac en candidat libre. Par contre je suis plein de curiosité et ai une certaine capacité d’émerveillement. En plus, j’aime comprendre ! Donc, j’ai beaucoup lu et observé, et du coup j’ai construit des passerelles entre les différents domaines.

Alors pourquoi la préparation mentale me passionne ? D’abord parce que c’est quelque chose qui est susceptible d’avoir une grande efficacité, on voit tellement de gens qui ont le talent mais à qui il manque le mode d’emploi ! Et oui, gagner aussi ça s’apprend. Ensuite parce que ce n’est pas une science exacte et que c’est très humain, et enfin parce que je constate que je suis utile. Enfin, parce que je ressens comme du gachis,voire comme une certaine forme d’injustice, le talent qui n’arrive pas à s’exprimer pleinement.

D’où vient cet intérêt ? d’abord je crois que c’est à relier à une fascination pour les exploits sportifs de mon enfance, pour moi ça a commencé je crois avec l’épopée des Verts en 76, puis la coupe du monde 82. Pourquoi étaient ils si forts ? Pourquoi procuraient ils autant d’émotion ? Et pourquoi, à la fin, les allemands gagnaient ?

Et puis il y a l’histoire de Bob Beamon aux jeux Olympiques de Mexico qui m’a beaucoup marquée. Voilà quelqu’un qui n’était pas favori, passe la soirée de la veille en discussions politiques suite à l’exclusion des athlètes noirs, fait une nuit blanche, et qui le lendemain pour son premier saut bat le record du monde de saut en longueur de 55 cm. Aujourd’hui quelqu’un comme Teddy Riner, ou le management de Didier Deschamps sont des exemples stimulants.

FR : Tu collabores avec Patrice Etchegaray, Maître International et ancien entraîneur des équipes de France jeunes. Depuis combien de temps vous connaissez-vous ?

LG : C’est une longue histoire, nous nous sommes connus il y a une trentaine d’années, j’étais à 1500 et lui à 1800 ! Mais pour revenir à notre collaboration, c’est à mon sens la démonstration de quelques principes qui m’animent comme “seul on va plus vite, ensemble on va plus loin”, le respect des différences, l’enrichissement par le partage. Je préfère d’ailleurs le mot coopération. Et puis nous avons d’autres projets en tête.

FR : Tu joues aux échecs depuis plus de trente ans. Quel est ton avis général sur la pratique des échecs en France ?

LG : Tout d’abord je suis très impressionné par le niveau technique des jeunes qui sont de ce point de vue là de mieux en mieux formés. C’est donc qu’il y a progrès.

Maintenant, comme beaucoup de gens de mon âge, d’un côté je garde une certaine nostalgie des échecs avant Internet et tous les mystères du jeu Mais d’un autre côté, je suis époustouflé par la masse de connaissance disponible et accessible. Il y a tellement à apprendre !

Pour revenir à la pratique en France, elle est à mon sens encore trop disparate selon les régions, selon les villes, selon les clubs. On ne rend peut être pas assez hommage à tous ceux qui sont le moteur du développement, les bénévoles des clubs. Et ce manque de considération entraîne parfois une certaine inertie car ça ne stimule pas le renouvellement des énergies, ça ne stimule pas les vocations.

FR : Ton meilleur souvenir échiquéen ?

LG : Difficile d’en dégager un. Il y a bien sûr les moments de partage et de convivialité, les histoires humaines. Comme joueur, il y a ces rares parties où vous avez une idée brillante, originale et créative. Et puis il y a ces moments de coaching où un enfant réalise que ce qu’il pensait impossible est devenu réalité, où son regard sur lui-même change, où le regard des autres bascule. A ce moment là vous vous dites que vous avez été utile, c’est vraiment une grande satisfaction.

FR :  Vous proposez avec Patrice un programme sur 39 semaines pour progresser : un véritable suivi sur une saison. Des inscrits, adultes, enfants ? Quels sont les retours des participants à ce programme ?

LG : Les inscriptions sont encore ouvertes, il est un peu tôt pour tirer un bilan, tant du point de vue commercial que des résultats échiquéens.

Du point de vue commercial, le programme n’a pas vraiment su trouver son public. Il faut dire que c’est une offre différente à celles existantes. Je ne doute pas qu’à l’avenir, elle prendra sa place car elle est inspirée de modèles de coaching en développement personnel qui fonctionnent. Peut-être que d’autres la mettront en place avec plus de succès, mais en tous cas, je n’ai pas de doute sur le concept. Ceci dit, je n’ai peut-être pas su suffisamment bien communiquer dessus, l’expliquer.

Du point de vue résultats échiquéens, je n’ai pas de doutes non plus que ceux qui feront preuve d’assiduité verront leur niveau progresser de manière importante.

Et cerise sur le gâteau, les premiers inscrits, essentiellement des adultes, m’ont fait part de leur satisfaction. C’est une longue aventure qui les attends et nous n’en sommes qu’à la première semaine ….

FR : Fin août, avec Patrice, vous avez organisé un webinar (réunion collective via internet) dont le thème était : « Comment battre un adversaire qui a 400 points elo de plus ». Une vingtaine de personnes étaient présentes. J’ai pu suivre le début. C’était vivant et instructif. Malheureusement, des problèmes techniques ont nuit à la qualité de la retransmission video. Renouvellerez-vous cette expérience ?

LG : Nous avons cumulé à cette occasion les problèmes, et pour couronner le tout nous avons eu un gros orage qui a coupé la connexion avant la fin…

Pourtant nous avons là un sujet intéressant. Nous avons le matériel. Nous le referons certainement très prochainement mais la date n’est pas encore arrêtée.

FR : Quel principal conseil donnerais-tu à un jeune joueur(se) qui se lance dans la compétition échiquéenne ?

LG : N’oubliez pas de prendre du plaisir à ce que vous faîtes, n’oubliez pas de rêver, n’oubliez pas de vous émerveiller, n’oubliez pas de célébrer vos succès, n’oubliez pas de partager. Ca fait beaucoup, non ?


 

Merci Laurent. Je suis persuadé que votre programme va connaître le succès.

Cette année je vais être pris par mes missions et projets d’animateur et ne peux m’investir dans la compétition. Cela me tente beaucoup. Tout ce que j’espère, c’est qu’il y ait de la place pour pouvoir m’inscrire l’année prochaine !

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